La certification « bois bocager géré durablement »


Etat des lieux : les haies, source de bois


Depuis les années 70, la haie est souvent perçue par les gestionnaires comme une contrainte non valorisable, si bien que le maillage bocager est peu ou mal entretenu, vieillissant et en diminution. Par ailleurs, ce bocage créé pour les besoins d’une agriculture qui en a perdu l’usage devient maintenant une forme de patrimoine, investi de nouvelles fonctions sociales : rôles paysager, hydraulique, biologique, historique. Cet héritage du passé est lourd à porter par les agriculteurs en manque de main d’œuvre et de temps devant une demande sociale forte de conservation.

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Haie avant entretien

Ainsi la meilleure protection du bocage passe certainement par la valeur économique qui pourra lui être (re)donner. Dans une conjoncture où les énergies renouvelables deviennent d’actualité, le bois est une des réponses possibles sous ses différentes formes d’utilisation : bois bûche, bois déchiqueté, granulés… Le bois énergie offre un potentiel de débouchés pour valoriser le bois de bocage dans des filières locales. Une telle filière présente en outre l’intérêt de tisser un nouveau lien entre agriculteurs et société civile.

Déchiquetage

Chantier de déchiquetage

Cependant, la fabrication de bois déchiqueté pour les chaudières bois ne doit pas s’accompagner d’une destruction du bocage par excès de prélèvement, conduite unilatérale des haies en taillis, ou non maîtrise du marché. L’organisation de la filière demande de mettre en place une démarche qualité garantissant la gestion durable des haies.

Cette préoccupation devient par ailleurs primordiale dans le contexte actuel de développement de grosses chaufferies biomasse. La filière bois énergie est dans une phase de développement très intense. L’Etat, au travers des appels à projet de la CRE ou de l’ADEME, les Régions, les Départements et les collectivités locales ont financé et lancé des chaufferies biomasse sur le territoire national, créant une demande en bois très importante, dans des temps très courts. Aussi Ce nouveau marché attire de nouvelles sociétés issues pour la plupart des travaux publics, qui proposent des chantiers « clé en main » (abattage, déchiquetage et évacuation des bois) à des tarifs attractifs mais sans garantie de gestion, voire des chantiers «hors normes» de plusieurs milliers de tonnes qui s’apparentent à du pillage.

Pour en savoir plus : 

 


Enjeux d’une certification


Aujourd’hui, le bois issu du bocage, de la haie, de l’agroforesterie… ne peut afficher sa durabilité et sa gestion durable de l’amont à l’aval que par, au mieux, des chartes de bonnes pratiques. Or ces chartes ne garantissent rien de plus qu’une intention de gestion durable de la haie puisque aucun contrôle n’est effectué. Les gestionnaires d’arbres hors forêt n’ont aujourd’hui aucun outil permettant de garantir cette gestion durable de l’amont à l’aval de la filière ; il leur est par conséquent, et de plus en plus régulièrement, impossible de répondre aux appels d’offre des collectivités pour leur approvisionnement en bois local.

Et pourtant, ce bois « agricole » est présent  sur près de 600 000 km en France et représente en volume moyen 93m3/km soit près de 65 millions de m3 (Solagro). Pour le seul exemple de la Basse-Normandie, l’arbre hors forêt représente un volume sur pied de 22,8 millions de m3  soit 20 % du volume de bois de la région. Il s’agit de bois local, pour lequel on peut avoir une présomption de gestion durable et qui pourtant est aujourd’hui non certifiable.

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Actuellement 22 SCIC sont constituées et couvrent les principaux territoires bocagers de France (18 sur les 22 commercialisent du bois bocager, 4 travaillent sur des secteurs plus forestiers)

 


Projet de certification


Pour répondre à cette problématique, l’Afac-Agroforesteries, en partenariat avec un collectif de structures*démarre un projet mise en place un système de certification national des produits issus de la gestion durable du bois de bocage qui garantit au consommateur que ceux-ci respectent les critères environnementaux et sociaux d’une filière locale. Cette certification du bois bocager géré durablement doit permettre : 

  • De valoriser le travail de gestion durable des producteurs de bois bocage,
  • D’apporter aux différents acteurs du marché de la sécurité, de la traçabilité et de la transparence dans la chaine de gestion et de production du bois de bocage,
  • De bénéficier de nouveaux débouchés pour mieux vendre le bois de bocage,
  • De répondre aux préoccupations des consommateurs et aux exigences des pouvoirs publics,
  • De faciliter l’accès aux appels d’offre des marchés publics.
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*Bocagenèse, Mayenne Bois Energie, la SCIC Bois Bocage Energie et Haiecobois

 


Un projet inscrit dans une réflexion nationale : le plan d’action sur l’arbre


Le projet de certification « bois bocager géré durablement » est le fruit d’une réflexion menée depuis plusieurs années au sein des structures porteuses du projet. Elle s’est fédérée sous la forme d’une contribution au plan de développement national de l’agroforesterie, porté par le Ministère de l’Agriculture, pour la mise en place d’une certification du « bois bocager géré durablement », co-signée par 15 structures membres de l’Afac-Agroforesteries, en octobre 2015. Aujourd’hui, la question de la valorisation économique du bocage pour son maintien et son intégration durable dans les systèmes d’exploitation, a trouvé sa place dans le plan de développement de l’agroforesterie, officiellement lancé le 17 décembre 2015. Le Ministère de l’Agriculture a donc inscrit dans le plan, l’action suivante, intitulée « Mettre en place des plans de gestion durable des systèmes agroforestiers et promouvoir la reconnaissance « bois agroforestier géré durablement » (cf fiche-action 4.3 annexe 1). Cette action pilotée par le MAAF/BCCB se répartit en trois axes de travail à mener simultanément :

  • Le plan d’aménagement et de gestion durable (pilote APCA, co-pilote Afac-Agroforesteries)
  • La certification de la gestion durable et la certification du produit (pilote Afac-Agroforesteries, co-pilote APCA)
  • Mener une réflexion sur la stratégie d’impact sur les décideurs

A télécharger : 

 


Le rapport CGAAER en 2015


Le rapport « Promotion des systèmes agroforestiers » publié en février 2015 par le CGAAER (Conseil général de l’alimentation de l’agriculture et des espaces ruraux) identifie une action 6.10 intitulée  « Mettre en place des plans de développement durable du bocage et une certification «bois agroforestier géré durablement». 

A télécharger :